jeudi 29 janvier 2009

Palabre d'arbre

Je vous connais. Trop bien, hélas.

C'est que je vous observe depuis plusieurs de vos siècles. J'aimerais me tromper mais je ne possède pas cette faculté qui est vôtre. Ce que vous appelez "humanité" est malade. Je ne suis pas sûr que vous le réalisiez vraiment. Nous, si ! Je peux vous l'assurer!

Quand je dis nous, c'est tout ce qui constitue cette planète. Vous ne le savez pas, mais nous sommes tous reliés et nous communiquons en permanence. Vous seuls, les humains, vous êtes séparés de nous. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Mais c'est ainsi.

Notre ami le vent tempête souvent à votre encontre. Il dit que vous êtes suicidaires et que vous allez nous entraîner dans votre déchéance. Mes frères ont été massacrés par vos bons soins. N'avez-vous point perçu leurs cris ? Notre voisin le sol ne se porte pas trop bien. Je crois que vous l'avez empoisonné. Mes copines les abeilles sont de moins en moins nombreuses à me visiter. Elles me racontent des horreurs sur vous.

Je vous connais, mais je ne vous comprends plus. Lorsque j'étais un jeune chêne, j'arrivais sans peine à partager vos vies. Nous étions plus que des amis. J'ose croire que nous étions frères. En tout cas, nous nous respections.

Ce temps est révolu. Vous avez changés. Je suis resté le même, mais vous, vous avez diablement changés. Vous n'êtes plus humains, vous les hommes. Vous vous êtes perdus pour vos chimères. Je vous sens, je vous sais malheureux. J'aimerais vous aider, mais vous ne m'entendez pas, même quand le vent m'aide à vous parler. Je suis désolé de vous le dire, mais vous êtes devenus autistes.

Nous parlons souvent de vous. Faut dire que vous ne nous ménagez pas. On souffre. Pas en silence, mais vous n'entendez pas nos pleurs. Je crois que cela ne pourra pas durer éternellement, vous savez.

La révolte gronde. Nous ne vous voulons pas de mal, mais il nous faut nous défendre contre le traitement inhumain que vous nous infligez. Je ne sais pas jusqu'à quand nous allons pouvoir vous tolérer. Oh, ne le prenez pas comme une menace, mais juste comme une branche tendue.

Je crois que vous devez réapprendre à dialoguer avec nous. Cela vous permettra peut-être de nous respecter à nouveau et de nous aimer pour ce que nous sommes et non pas pour la valeur usuelle que nous représentons.

J'ose espérer que vous m'entendrez. Faut avouer que le bruit de vos tronçonneuses ne facilite pas les choses. Il me fait même peur, je vous l'avoue.

Je rêve même de ce fameux jour où vous parviendrez à communier avec nous pour enfin découvrir ce fabuleux secret qui n'en est pas un pour nous.

Vos générations humaines défilent à l'ombre de mes branches. J'espère qu'il y en aura une un peu plus éveillée que ses aînées.

Nous essayerons alors d'oublier tous ces viols, toutes ces souillures et toutes ces meurtrissures. Nous sommes là, mariés avec ce temps dont vous avez divorcé. Votre peur de ce temps que vous confondez avec la mort vous a conduit à des comportements absurdes que vous ne semblez plus maîtriser.

Si nous pouvons vous aidez, nous le ferons bien volontiers. Donnez-nous juste un signe montrant que vous avez l'ambition de retrouver votre humanité. Et nous serons à nouveau amis. A nouveau frères.

Sinon... sinon je pense que vous disparaîtrez ! Et je crois bien que nous serons peu à vous pleurer...

23 commentaires:

  1. Toutes les révoltes et la sagesse de l'arbre souffle à travers ses branches jusqu'au plus profond de ses racines.
    Magnifique plaidoyer d'un arbre qui se fait ambassadeur de la Terre, qui souffre des seules folie et bêtise de l'homme.
    Vraiment époustouflée et ... admirative de tes mots.

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  2. @ Miss You : Tu ne peux imaginer à quel point j'exècre la déforestation de notre planète. Le bruit incessant des tronçonneuses en Amazonie, à Bornéo et partout ailleurs m'est insupportable. Je suis horrifiée de voir ce que l'homme fait de ses privilèges. Un gâchis sans nom. Merci de m'avoir lue et merci pour tes encouragements.
    Il n'y a pas à tortiller : nous ne méritons décidément plus notre magnifique planète, celle que nous sommes précisément en train de violer à longueur de nos misérables existences de roitelets.

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  3. Un texte superbe, Christina.

    Je n'irai cependant pas jusqu'à dire que nous ne méritons pas cette planète, ce serait mettre dans la même poubelle ceux qui la détruisent et ceux qui la respectent, voire la protègent et se battent pour elle.

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  4. @ Anna : Merci ! Nous méritons cette planète puisque nous SOMMES cette planète. Nous en faisons autant partie que tous les atomes qui la constituent. Je suis juste en rage de nous voir nous suicider. La grande question des prochaines années sera de savoir si nous continuerons à le faire en conscience. D'où l'impérieuse nécessité pour tout un chacun de se mobiliser et de mobiliser pour ouvrir les yeux de tous nos frères et de toutes nos soeurs. Eveiller les consciences est un pré-requis. Si nous y arrivons tous ensemble, peut-être bien que l'éveil de nos âmes en sera alors facilité.
    Christina, step by step. Against all odds.

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  5. Très beau conte Christina. Ca donne envie de le voir illustré.

    J'ai été moyennement surprise que tu aies choisie cette photo. J'étais aussi tombée sous le charme et l'avais utilisée ailleurs, pour llustrer une note qui reprend le magnifique texte d'une amie qui répond au doux pseudo de Feuilllle, avec 4 l, comme les libellules :

    http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/04/08/un-arbre.html

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  6. @ anticharme : Euh... comment te le formuler délicatement... hum... tu sais, chère anti, je crois que ce n'est pas un charme... hum... mais un chêne...
    :)
    Bon, je sais, je suis de mauvaise foi...
    re :) quand même !
    Merci d'avoir lu mon cri d'exaspération ! (la note hein, pas le commentaire !)

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  7. Oui je suis d'accord avec toi au sujet d'un gachis sans nom, mais il y a un peu (trop peu sans doute) partout autour de cette belle planète des gens qui se battent, qui interpellent, pour que le gachis cesse et que le respect grandisse vis à vis d'un lieu dont nous ne sommes que les hôtes et à aucun moment les propriétaires. Tous ces cris (et parmi, eux, le tien), chacun de ces petits pas en avant sont autant d'espoirs vers un mieux. Restons vigilants et attentifs, et même attentionnés :-)

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  8. @Christina: "Nous méritons cette planète puisque nous SOMMES cette planète. Nous en faisons autant partie que tous les atomes qui la constituent."

    Toi, il faut que tu lises mon roman "La femme primordiale" ! En plus, c'est gratuit, alors, tiens, je te l'offre !

    http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/02/27/la-femme-primordiale.html

    et ici, les premières réactions de lecteurs:

    http://annagaloreleblog.blogs-de-voyage.fr/archive/2008/02/27/la-femme-primordiale-premieres-reactions.html

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  9. @ Miss You : C'est précisément ce qui alimente mon indécrottable optimisme ! Je crois en l'homme. Vraiment ! Même si j'enrage parfois, je sais qu'il suffit de peu de chose... de quelques Miss You... et ...et...
    ;)

    @ Annacadeauambulant : Je me ferai un plaisir de le lire !!! La valeur d'un livre n'est pas accolée à son code-barre. Tu en es l'illustration exemplaire...
    :)

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  10. Auprès de mon arbre
    Je vivais heureux
    J'aurais jamais dû
    M'éloigner de mon arbre...

    Encore une réflexion prophétique du poète :

    http://www.deezer.com/track/1104623

    La nature nous est devenue étrangère... Alors que rien n'est plus beau et moins coûteux qu'une belle ballade en montagne ou en forêt.

    De plus, comme je le soulignais dans un autre commentaire, c'est à chaque fois une leçon de vie, un "challenge" que l'on se lance à soi-même pour atteindre le but que l'on s'est fixé.

    Aujourd'hui, on ne marche plus... Dans tous les sens du terme. Il est encore temps de revenir aux fondamentaux.

    La plus belle chênaie que j'ai eu la chance de parcourir est celle du Tronçais, près de Montluçon (plus de 10.000 hectares, à 3 heures de Paris). Elle remonte à l'époque gallo-romaine :

    http://paysdetroncais.free.fr/foret.html

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  11. Cette note m'a beaucoup touché.
    C'est si vrai et tellement bien écris.
    Si tout le monde faisait un peu nous y arriverions, mais malheureusement ce n'est pas le cas ...

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  12. @ ramses : Tu ne vas pas me croire, mais j'y suis allée dans cette magnifique forêt de Tronçais ! Mon père m'y avait emmenée. J'en garde un souvenir émerveillé. Tu as mille fois raison : marcher dans la forêt oxygène plus que le cerveau. Entrer en communion avec la nature, s'y relier, quoi de plus magique, hein ?

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  13. @ Alexa : Merci pour ton commentaire qui n'est pas anodin. Loin de là. Je reste persuadée que quelque chose va se passer. Une ouverture des esprit. Une renaissance spirituelle. Oh, cela ne se fera pas sans heurts, sans la résistance des anciennes valeurs matérielles. Mais nous n'avons plus le choix. Il suffit de regarder l'état de notre orange bleue. Cela ne peut plus durer. Je suis persuadée que la prise de conscience est en cours. Internet a et aura un rôle probablement essentiel dans ce processus dont il est encore difficile de mesurer le potentiel. Mais il faut y croire. Il faut se battre, chacun avec ses moyens, même symbolique. Le symbole peut être très efficace. Il suffit de toucher au coeur des hommes et de réveiller leur foi en l'humanité et leur foi en eux-mêmes.
    Courage Alexa, tu as toi aussi ta petite pierre à apporter à l'édifice !
    :)

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  14. "Je reste persuadée que quelque chose va se passer. Une ouverture des esprit. Une renaissance spirituelle."

    Nous sommes en phase :-)

    Anti te dirait: "Les âmes se rassemblent".

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  15. @ annahihan : les âmes se rassemblent autour de l'abreuvoir de la spiritualité.
    ;)

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  16. des images pour ton conte de Tronçais (trop bien le lien ramses !) qui iraient bien :

    http://chenes-troncais.ifrance.com/index.jpg

    anti

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  17. @ Christina,

    Ton père t'a donné des bases, qui te permettront de réaliser pleinement ta vie. C'est ce que j'ai essayé de faire avec ma propre fille, mais le terreau était sans doute moins fertile, hélas...

    @ Anti

    Ah, mais ce n'est pas un conte, bien que les plus vieux chênes du Tronçais aient, tel "La Sentinelle", près de 500 ans...

    "Les âmes se rassemblent", ma compagne disait "se touchent".

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  18. @ ramses : Il m'a surtout donné l'exemple... c'est important l'exemple. Tant de personnes disent "Faites ce que je dis"... mais ne font pas ce qu'ils disent !
    ;)

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  19. "Les âmes se rassemblent", ma compagne disait "se touchent".

    C'est fort.

    L'exemplarité, tout un sujet énorme !!!

    anti, bon, il est où ce café !

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  20. Heureusement pas un gâchis sans non...

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  21. @ Hacène : Il faut juste que le non devienne NON !
    ;)

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